Introduction

Lire le ciel comme une image du temps

L'astrologie est l'une des plus vieilles façons de regarder le temps passer. Cette page te fait découvrir ses principes et son histoire, avec des schémas à manipuler.

Vénus · 8 ans · 5 boucles

IUne photo du ciel

Au moment d'une naissance, le Soleil, la Lune et les planètes occupent chacun une place précise dans le ciel. Vus de la Terre, ils circulent tous sur la même bande étroite, celle que le Soleil parcourt en un an, découpée en douze signes. Une carte du ciel note où se trouvait chaque astre à cette minute, vu depuis le lieu de naissance. C'est un relevé astronomique, que n'importe quel logiciel d'astronomie refait à l'identique.

L'heure et le lieu ajoutent une seconde découpe, les douze maisons, qui partent de l'horizon. Deux personnes nées le même jour ont presque toujours leurs planètes dans les mêmes signes ; quelques heures d'écart suffisent pour que leurs maisons changent. Les chapitres suivants reprennent chaque pièce en détail.

Pour lire la carte, on pose quatre questions à chaque astre. Le schéma les montre sur un exemple, Mars dans le signe du Bélier et dans la maison 10.

♈︎Bélier♉︎Taureau♊︎Gémeaux♋︎Cancer♌︎Lion♍︎Vierge♎︎Balance♏︎Scorpion♐︎Sagittaire♑︎Capricorne♒︎Verseau♓︎Poissons 123456789101112 ASDS ♄︎ ♂︎ 1234

Un exemple. Les quatre réponses se lisent comme une phrase : de l'énergie (Mars) qui fonce droit devant (le Bélier), dans la carrière et la vie publique (la maison 10), et qui doit compter avec la patience et les règles (Saturne, en angle droit). Touche les quatre questions pour les voir sur la carte.

Le Soleil, la Lune et les huit planètes donnent chacun une phrase de ce genre, et ces phrases ne vont pas toutes dans le même sens. Les astrologues Charles et Suzi Harvey comparent la carte à une scène de théâtre où les planètes sont les acteurs. Le signe donne leur manière de jouer, la maison le lieu de l'action, et les aspects disent qui parle à qui ; une lecture suit la pièce entière.

Reste à dire ce que vaut une telle lecture, et les astrologues sérieux le disent eux-mêmes. L'astrologue Chris Brennan, qui a écrit l'histoire de l'astrologie antique, la définit comme l'étude d'une correspondance supposée entre ce qui se passe dans le ciel et ce qui arrive sur terre. L'astrologue américain Dane Rudhyar le résumait ainsi en 1976 : l'astronomie établit des faits, l'astrologie parle de potentialités. Pour Robert Hand, Jupiter ne nous fait rien ; c'est un signe dans le ciel, qu'on apprend à lire.

Nous prenons l'astrologie de cette façon, comme un langage symbolique qui décrit des tendances et laisse le reste ouvert.

Sur ce site, l'astronomie et l'interprétation restent séparées. Les positions des astres, les aspects et les dates sont calculés par le code, à partir des éphémérides astronomiques. Seule l'interprétation est écrite, et elle ne reçoit que ces calculs.

IIDe Babylone à aujourd’hui

Les plus anciens présages célestes qui nous restent viennent de Mésopotamie. Pendant des siècles, les scribes y notent les phénomènes du ciel en face de ce qui se passe sur terre au même moment. Une grande compilation, l'Enūma Anu Enlil, réunit près de sept mille de ces présages, qui concernent le roi et son royaume. Ce savoir reste celui de scribes formés dans les temples, et certaines tablettes en réservent la lecture aux initiés.

Vers 400 avant notre ère, sous la domination perse, les astronomes de Babylone découpent la route du Soleil en douze parts égales de 30 degrés. C'est le zodiaque. Le plus ancien horoscope conservé date de la même époque, d'une naissance de l'an 410 avant notre ère ; il note la place de la Lune, du Soleil et des planètes. On y lit pour la première fois le ciel d'une seule personne.

La suite se passe en Égypte. Après la conquête d'Alexandre, Alexandrie mêle l'astronomie de Babylone, les calendriers égyptiens et la philosophie grecque. Vers le Iᵉʳ siècle avant notre ère, des auteurs inconnus, qui écrivent sous le nom du dieu Hermès ou d'un pharaon légendaire, y assemblent le système que l'on utilise encore. Aux planètes et aux signes, ils ajoutent l'horizon du lieu de naissance, qui donne l'Ascendant et les maisons. Ils ajoutent aussi les aspects, les angles entre les astres. Ces textes tirent leur autorité d'une révélation, et le savoir reste gardé. Au IIᵉ siècle, Vettius Valens fait jurer à ses lecteurs, « par le cercle sacré du Soleil », de ne pas le transmettre aux non-initiés.

Au IIᵉ siècle, Ptolémée en tire un traité, le Tetrabiblos, qui sert de référence pendant plus de mille ans. Il prévient dès les premières pages que toute science qui traite de la qualité des choses « est conjecturale et ne peut être affirmée absolument ». Il compare l'astrologue au pilote d'un navire, dont on ne condamne pas l'art parce qu'il se trompe parfois, et ajoute que certains événements « peuvent être évités ».

D'autres peuples ont lu le ciel avec leurs propres questions. En Chine, l'astronomie d'État surveille le ciel pour le souverain, et le zodiaque des douze animaux y est un cycle d'années, sans planète. Les Mayas suivent de près le cycle de Vénus. L'Inde a ses vingt-sept demeures de la Lune, et l'horoscope grec y arrive au début de notre ère ; un traité, le Yavanajātaka, « la naissance selon les Grecs », en garde des mots grecs. L'Inde y ajoute ses propres pièces, comme les nœuds de la Lune et les périodes planétaires.

Les planètes n'ont pas partout le même sens. Mars est presque partout un astre de feu et de guerre, en Mésopotamie, en Grèce, en Inde comme en Chine, et sa couleur rouge y est sans doute pour beaucoup. Vénus, l'amour pour les Grecs, annonce la guerre chez les Mayas et les armées en Chine, et la déesse babylonienne Ishtar régnait sur l'amour comme sur la guerre. La méthode de l'horoscope a voyagé d'une culture à l'autre ; le sens donné aux astres, lui, varie.

L'astrologie passe ensuite en Perse, puis à Bagdad, fondée en 762 à l'heure choisie par les astrologues du calife. Au XIIᵉ siècle, les traités arabes sont traduits en latin en Espagne, et l'Europe la redécouvre. Au siècle suivant, Thomas d'Aquin reprend un adage des astrologues eux-mêmes, « le sage est plus fort que les astres ». À la Renaissance, l'astrologie se mêle à l'ésotérisme. Marsile Ficin traduit les textes d'Hermès en les croyant plus anciens que Platon ; en 1614, Isaac Casaubon montre qu'ils datent de l'ère chrétienne. Nostradamus, médecin et astrologue, publie des almanachs, et la prédiction de la mort d'Henri II ne lui est attribuée qu'après coup. Kepler et Galilée dressent encore des horoscopes. L'astrologie perd sa place savante entre la fin du XVIIᵉ et le XVIIIᵉ siècle, à mesure que la nouvelle physique explique le mouvement des planètes sans elle.

L'astrologie revient au XXᵉ siècle par la psychologie. L'astrologue anglais Alan Leo la tourne vers l'étude du caractère. Le psychiatre Carl Gustav Jung s'y intéresse de près. Il propose le mot synchronicité pour des coïncidences qui font sens sans qu'une chose cause l'autre, et qualifie lui-même cette idée de « facteur hypothétique ». Pour lui, ce que l'on lit dans les constellations, ce sont nos propres faits psychologiques, projetés sur le ciel.

Dane Rudhyar en tire une astrologie centrée sur la personne, qui sert d'abord à se comprendre. Depuis les années 1980, des astrologues retraduisent les textes latins, puis grecs, et l'astrologie antique se redécouvre. Il faut aussi dire ce qui n'a pas marché. Jung a tenté une expérience statistique sur des couples mariés ; elle n'a pas été confirmée quand d'autres l'ont refaite, et aucune étude n'a montré depuis que les astres agissent sur nos caractères.

Gravure sur bois : un voyageur à genoux passe la tête à travers la voûte étoilée et découvre, au-delà, des roues et des cercles de feu.

Gravure anonyme publiée par l'astronome Camille Flammarion dans L'Atmosphère (1888). Un voyageur a marché jusqu'au bord du monde ; il passe la tête à travers la voûte des étoiles pour voir ce qui la fait tourner. Touche les repères pour suivre l'image.

Camille Flammarion, L’Atmosphère : météorologie populaire, 1888, p. 163 · mise en couleurs aux crayons par Houston Physicist, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Les planètes ne « causent » pas plus des événements précis que les aiguilles d'une horloge ne « causent » une heure précise.

Richard Tarnas, Cosmos and Psyche, 2006

L'astrologie est un outil de prévoyance bien plus que de prédiction.

Luc Bigé, entretien à L’ADN

IIILe ciel vu d’ici

Le mot planète vient du grec planêtês, « errant ». Vues de la Terre, les étoiles tournent ensemble chaque nuit, comme collées à une voûte ; cinq points lumineux, eux, se déplacent lentement parmi elles. Et parfois, ils semblent s'arrêter, revenir en arrière pendant des semaines, puis repartir.

Les Anciens ont bâti des systèmes très ingénieux pour décrire ces boucles, avec des cercles portés par d'autres cercles. En 1543, Copernic en donne la clé, car c'est la Terre qui bouge. Quand elle double une planète plus lente, comme une voiture en double une autre sur l'autoroute, cette planète paraît reculer sur le fond du ciel.

L'astrologie garde volontairement ce point de vue, celui de l'endroit où l'on est né. Le schéma est calculé sur les vraies positions des planètes. Fais glisser le point de vue du Soleil vers la Terre : les orbites tranquilles se changent en boucles, et la ligne qui va de la Terre à la planète, elle, reste la même dans les deux vues.

Positions réelles à partir du 1ᵉʳ janvier 2026. La ligne relie la Terre à la planète et montre où on la voit sur le cercle des signes. Les lignes plus pâles sont les directions des jours précédents ; quand elles se replient, la planète recule, et leur extrémité passe au rouge.

Toute la suite part de ce regard depuis la Terre. Les signes découpent la route que le Soleil semble suivre en un an. Les maisons découpent le tour du ciel en un jour. Les aspects mesurent l'angle entre deux astres, tels qu'on les voit d'ici.

IVUne année découpée en douze

On imagine souvent le zodiaque comme une liste de douze caractères. La tradition le construit à partir de quelques principes simples, que des penseurs de l'Antiquité ont formulés un à un. Le schéma les ajoute au fil du texte.

L'année d'abord. Les signes sont douze portions de la route apparente du Soleil, à partir de l'équinoxe de printemps. Douze, parce qu'une année contient un peu plus de douze lunaisons, et que le calendrier babylonien avait douze mois de trente jours. Les signes ne sont plus les constellations qui leur ont donné leur nom. En deux mille ans, celles-ci ont glissé de presque un signe entier, parce que l'axe de la Terre tourne lentement, comme celui d'une toupie qui vacille. Le zodiaque est donc d'abord un calendrier, dont les images sont celles des saisons de l'hémisphère nord, où il est né.

Deux souffles. Ptolémée décrit six signes « masculins et diurnes » et six « féminins et nocturnes », qui alternent « parce que le jour est toujours attelé à la nuit ». Ces mots nomment deux principes, que chaque carte contient. L'un rayonne vers l'extérieur, l'autre accueille et retient. On parlerait aujourd'hui d'actif et de réceptif, ou de yang et de yin.

Quatre éléments. Le philosophe Empédocle voyait le monde fait de quatre « racines » que l'Amour mêle et que la Haine sépare : le feu, l'air, l'eau et la terre. Aristote leur donne des qualités. Le feu est chaud et sec, l'air chaud et humide, l'eau froide et humide, la terre froide et sèche. La tradition donne un élément à chaque signe, et chaque élément revient trois fois dans le cercle, en triangle.

Trois temps dans chaque saison. Ptolémée encore distingue, dans chaque saison, un signe qui l'ouvre, un qui la tient et un qui la fait passer à la suivante. Le Bélier ouvre le printemps, le Taureau l'installe, les Gémeaux préparent l'été. On les appelle aujourd'hui cardinaux, fixes et mutables, et le même mouvement revient à chaque saison.

Douze signes. Quatre éléments et trois temps donnent douze combinaisons, toutes différentes. Le Bélier, c'est le feu qui commence au printemps ; le Lion, le feu qui tient au cœur de l'été ; le Sagittaire, le feu qui se transmet à la fin de l'automne. Chaque signe se comprend aussi par ses voisins et par celui qui lui fait face, comme une couleur se comprend par sa complémentaire.

équinoxesolsticeéquinoxesolstice printempsétéautomnehiver cardinalfixemutablecardinalfixemutablecardinalfixemutablecardinalfixemutable ♈︎Bélier♉︎Taureau♊︎Gémeaux♋︎Cancer♌︎Lion♍︎Vierge♎︎Balance♏︎Scorpion♐︎Sagittaire♑︎Capricorne♒︎Verseau♓︎Poissons

Quatre éléments et trois temps : douze signes, tous différents.

Touche ou survole un signe pour voir de quoi il est fait.

VSept astres et leurs demeures

À l'œil nu, on voit sept astres errants : le Soleil, la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Les Grecs leur ont d'abord donné des noms qui les décrivaient. Saturne était Phainôn, « le brillant » ; Mars, Pyroeis, « l'ardent », à cause de sa couleur ; Mercure, Stilbôn, « le scintillant ». Ils leur ont ensuite donné les noms de leurs dieux, repris des dieux de Babylone, et ce sont ces dieux, sous leurs noms latins, que nous gardons.

Ptolémée explique pourquoi chaque planète a ses signes, ses « domiciles ». Le Cancer et le Lion, les signes de l'été, les plus chauds, reviennent aux deux luminaires, la Lune et le Soleil. Puis, en s'éloignant de chaque côté, les planètes prennent leurs signes dans l'ordre de leur distance. Mercure, le plus rapide, est juste à côté ; Saturne, le plus lent et le plus froid, tout au bout, face aux luminaires. Avance pas à pas dans la figure.

♈︎Bélier♉︎Taureau♊︎Gémeaux♋︎Cancer♌︎Lion♍︎Vierge♎︎Balance♏︎Scorpion♐︎Sagittaire♑︎Capricorne♒︎Verseau♓︎Poissons côté Lune côté Soleil ☽︎ ☉︎ Mercure ☿︎ ☿︎ Vénus ♀︎ ♀︎ Mars ♂︎ ♂︎ Jupiter ♃︎ ♃︎ Saturne ♄︎ ♄︎

Saturne, le plus lent (29 ans et demi) et le plus froid, prend les signes d’hiver, face aux luminaires : le Verseau et le Capricorne.

Chaque planète y gagne deux visages, un du côté du Soleil et un du côté de la Lune. Les mythes ajoutent les leurs. Saturne est Kronos, le dieu de l'âge d'or que l'on a très tôt confondu avec chronos, le temps, et la tradition lui donne la pesanteur, mais aussi la profondeur et la patience. Mercure est Hermès, le messager, le dieu des seuils et des passages. La tradition voit en Vénus ce qui attire et relie, en Mars ce qui tranche et accomplit, en Jupiter, le roi du ciel, ce qui fait grandir. Le Soleil y représente ce que l'on cherche à devenir, et la Lune ce que l'on a reçu.

Les trois planètes modernes ont été découvertes au télescope : Uranus en 1781, Neptune en 1846, Pluton en 1930. Leurs noms sont des choix d'astronomes ; c'est une fillette anglaise de onze ans, Venetia Burney, qui a proposé « Pluton ». Les astrologues ont ensuite construit leur sens, en partie sur leur mythe, en partie sur l'histoire de l'époque où on les a trouvées. Ce sens est donc bien plus récent que celui des sept astres anciens.

Aucun système ancien ne leur gardait de place : sept astres, sept jours de la semaine, et les domiciles de Ptolémée s'arrêtent à Saturne. Galilée a pourtant dessiné Neptune en 1612, sans savoir que c'était une planète. En 1846, Le Verrier calcule sa position à partir des écarts d'Uranus, et on la trouve à un degré près. On lit parfois qu'un astrologue avait décrit Neptune avant sa découverte ; nous n'en avons trouvé aucune trace sérieuse.

VIDouze maisons autour de l’horizon

Les signes suivent l'année ; les maisons suivent le jour. En vingt-quatre heures, la rotation de la Terre fait passer chaque astre par quatre moments. Il se lève à l'est, monte au plus haut du ciel, se couche à l'ouest, puis passe au plus bas, sous nos pieds (pour le Soleil, vers minuit). Ces quatre points sont les angles de la carte : l'Ascendant, le Milieu du Ciel, le Descendant et le Fond du Ciel.

Une maison est une portion du ciel découpée à partir de ces angles, et chacune correspond à un domaine de la vie. Elle dit où une planète agit. Selon Vettius Valens, au IIᵉ siècle, un astre met en mouvement les affaires de la maison où il se trouve. La même Vénus ne raconte pas la même histoire dans la septième maison, celle des unions, et dans la dixième, celle de la carrière.

Les Grecs appelaient les maisons des « lieux », et ils tiraient leur sens de la course du jour. Un astre qui culmine est vu de tous ; la maison du sommet parle donc de la réputation et de la vie publique. Celui qui est au plus bas est caché, et la maison du bas parle du foyer, des racines, de ce qui ne se montre pas. La maison qui se lève est celle de la personne elle-même, que Valens appelle le gouvernail.

Chaque angle ouvre une maison. À côté de lui, une maison s'apprête à l'atteindre avec la rotation du ciel, et une autre vient de le quitter. Cela fait trois maisons par angle, et douze en tout, numérotées à partir de l'Ascendant.

Une autre idée ancienne colore plusieurs maisons. Chaque planète a une maison où elle se réjouit, et une partie du sens de cette maison vient d'elle. Vénus se réjouit dans la cinquième, appelée Bonne Fortune, qui parle des plaisirs et des enfants. Le schéma montre les sept joies.

AscendantMilieu du CielDescendantFond du Ciel 123456789101112 ☿︎☽︎♀︎♂︎☉︎♃︎♄︎

En un jour, la rotation de la Terre fait passer chaque astre au-dessus de l’horizon, de l’est à l’ouest, puis en dessous. Ici, le Soleil.

Il y a plusieurs façons de tracer les maisons. La plus ancienne fait de chaque signe une maison entière, à partir du signe qui se lève. D'autres partagent le ciel plus finement ; celle de Placidus, au XVIIᵉ siècle, est aujourd'hui la plus répandue, et c'est celle que nos lectures utilisent. On lit souvent que la maison 1 équivaut au Bélier, la 2 au Taureau, et ainsi de suite. Cette équivalence s'est imposée au XXᵉ siècle, et nous ne la reprenons pas.

Les astrologues eux-mêmes ne donnent pas le même poids à toutes les maisons. André Barbault, l'un des grands astrologues français du XXᵉ siècle, ne tenait pour solides que les quatre angles ; pour les autres, écrivait-il, « rien n'est formellement acquis en matière de fondement ».

VIIDes astres qui se regardent

Le mot aspect vient du latin aspicere, regarder. Pour les astrologues grecs, deux planètes en aspect se voient, et peuvent donc agir l'une sur l'autre ; celles qui ne se voient pas se tournent le dos. Ptolémée parle de signes qui se regardent, et de signes voisins qui sont comme détournés.

Il retient les angles qui partagent le cercle en parts égales : la moitié (180°, l'opposition), le tiers (120°, le trigone), le quart (90°, le carré) et le sixième (60°, le sextile). Comme douze se divise par deux, trois, quatre et six, chacun de ces angles trace sur le cercle des signes une figure régulière, un diamètre, un triangle, un carré ou un hexagone. On y ajoute la conjonction, quand deux planètes se rejoignent.

Chaque figure relie des signes qui ont quelque chose en commun. Le trigone relie trois signes du même élément. Le carré relie quatre signes du même temps de saison, qui ouvrent, tiennent ou font passer. Le sextile relie des signes de même polarité, dont les éléments s'entendent, le feu avec l'air, la terre avec l'eau. L'opposition relie deux signes de même polarité et de même temps, placés face à face. Les signes voisins, et ceux que cinq signes séparent, n'ont rien en commun ; ils ne se voient pas.

♈︎Bélier♉︎Taureau♊︎Gémeaux♋︎Cancer♌︎Lion♍︎Vierge♎︎Balance♏︎Scorpion♐︎Sagittaire♑︎Capricorne♒︎Verseau♓︎Poissons ☽︎ 60° ☽︎ 90° ☽︎ 120° ☽︎ 150° ☽︎ 180° ☽︎ ☉︎

Ptolémée appelle le trigone et le sextile harmonieux, parce qu'ils relient des signes de même nature. Le carré relie un signe actif et un signe réceptif ; l'opposition place deux signes face à face. Tous deux sont tendus. Un carré pousse à agir, une opposition oblige à tenir compte de l'autre.

Les Anciens comptaient d'abord les aspects de signe à signe, puis regardaient l'angle exact. On ne les mesure plus aujourd'hui qu'au degré près, avec une marge qu'on appelle l'orbe ; plus l'angle est proche de l'exact, plus le lien est fort.

André Barbault y voyait aussi un cycle. Deux planètes partent ensemble à la conjonction, s'écartent jusqu'à l'opposition, puis se rapprochent, comme la Lune et le Soleil au fil d'un mois. Chaque aspect est un moment de ce cycle, et prend son sens de la place qu'il y occupe.

VIIILire une carte entière

Une position isolée dit peu de chose. Un Soleil en Bélier ne se vit pas de la même façon selon la Lune, l'Ascendant ou les planètes qui le regardent. Une lecture commence donc par l'ensemble : l'élément et le temps de saison qui dominent, la planète la plus forte, et celle qui gouverne le signe de l'Ascendant. Elle cherche ensuite ce qui se répète d'un facteur à l'autre, et ce qui se contredit.

André Barbault comparait la carte à un orchestre où chaque planète joue de son instrument, et où la planète dominante tient le rôle du chef ; c'est par elle qu'on entre dans la lecture. Souvent, une carte tourne autour de deux, trois ou quatre centres qu'il faut faire tenir ensemble.

Les aspects ne sont pas les seuls liens. Une planète dépend aussi de celle qui gouverne le signe où elle se trouve, et deux planètes se renvoient l'une à l'autre quand chacune est dans le signe de l'autre. Le lexique explique ces liens un par un, et les lectures de démo les montrent à l'œuvre. Sur une lecture, un clic sur la carte mène au passage qui explique l'élément touché.

Une lecture écrite a une limite, que Liz Greene rappelait à propos des interprétations faites par ordinateur. La carte ne dit pas ce que la personne a fait de ce qu'elle a reçu, ni ce qu'elle a choisi. Barbault parlait d'une « collaboration entre interprète et interprété ». Sur ce site, la lecture propose, et c'est à toi de dire ce qui tient.

♈︎Bélier♉︎Taureau♊︎Gémeaux♋︎Cancer♌︎Lion♍︎Vierge♎︎Balance♏︎Scorpion♐︎Sagittaire♑︎Capricorne♒︎Verseau♓︎Poissons AS ☿︎♄︎♀︎♆︎♇︎♅︎☽︎♂︎♃︎☉︎

L’ensemble d’abord. Chaque planète est teintée par l’élément de son signe, avec feu 41 %, eau 34 %, terre 17 %, air 7 %. Le feu et les signes cardinaux dominent.

La carte d’Albert Einstein (14 mars 1879, Ulm, Allemagne), une des lectures de démo, tirée au hasard.

IXPour aller plus loin

L'astrologie ne se limite pas à la carte de naissance. Elle a plusieurs branches, chacune avec sa question, de la relation entre deux personnes au choix d'un moment pour agir.

Certaines regardent l'histoire collective. Richard Tarnas compare les époques aux cycles des planètes lentes ; son exemple central est la rencontre d'Uranus et de Pluton dans les années 1960.

D'autres usages sont plus inattendus. En 1948, Donald Bradley publie un « baromètre planétaire » de Wall Street, que des traders calculent encore ; aucun test sérieux ne l'a validé. Kepler, chargé de publier chaque année un calendrier de prévisions, note le temps qu'il fait à Graz jour après jour à partir de 1593, pour vérifier l'influence des astres. Depuis 1963, le calendrier de Maria Thun indique aux jardiniers les jours racine, feuille, fleur ou fruit selon la Lune ; en 2017, des dégustateurs à l'aveugle n'ont trouvé aucune différence entre un vin goûté un jour fruit et le même vin goûté un jour racine.

L'astrologie entre aussi dans la vie publique. En Inde, la date d'un mariage se choisit encore sur le calendrier des jours propices. En 1988, on apprend que Nancy Reagan faisait vérifier l'agenda du président par une astrologue. En Chine, des offres d'emploi ont exclu des signes entiers, alors qu'une étude de 2020 montre que le signe ne prédit ni le caractère ni la réussite au travail. Aux États-Unis, près de trois adultes sur dix consultent l'astrologie, les cartes ou une voyante au moins une fois par an, souvent sur une application.

Lire sa carte peut aider à se comprendre, à condition de garder de la nuance. On ne se réduit pas à ce qu'on y lit, et les mots ne donnent qu'une ébauche de ce que le ciel raconte. Dane Rudhyar disait que la carte est « le gland du chêne que tu peux devenir ». Liz Greene rappelait qu'un horoscope ne dispense pas de penser par soi-même.

  • NataleLa carte de naissance d’une personne. C’est celle de ce site.
  • SynastrieDeux cartes comparées, pour lire une relation.
  • HoraireLa carte du moment où l’on pose une question (William Lilly, 1647).
  • ÉlectionsChoisir le moment d’agir. Bagdad a été fondée ainsi, en 762.
  • MondialeLes cycles des planètes lentes et l’histoire collective (André Barbault).
  • PsychologiqueLa carte comme portrait intérieur (Dane Rudhyar, Liz Greene).
  • ArchétypaleLes époques et les cycles des planètes (Richard Tarnas).
  • AstrocartographieLes lignes des planètes sur la carte du monde (Jim Lewis, années 1970).
  • FinancièreLes cycles des planètes et les cours de la Bourse (W. D. Gann, Donald Bradley).
  • Le temps et les semisLa météo et les jours de jardinage selon la Lune (Kepler, Maria Thun).

Quelques curiosités du ciel pour finir. Les boucles du chapitre sur le ciel ont chacune leur rythme. Mercure recule environ trois fois par an, pendant trois semaines ; Vénus tous les dix-neuf mois, pendant six semaines ; Mars tous les deux ans environ, pendant dix semaines. Jupiter et Saturne reculent chaque année, pendant quatre à cinq mois. La tradition y lit volontiers un temps de retour sur ce que la planète représente.

Une vieille idée relie enfin le ciel à la musique. Platon imagine une Sirène sur chaque cercle du ciel, chacune chantant une note, et toutes ensemble formant un accord. Ptolémée retrouve dans le cercle les rapports de l'octave, de la quinte et de la quarte, et Kepler cherche encore cette musique dans les vitesses des planètes. C'est en la cherchant qu'il trouve sa troisième loi, l'une des bases de l'astronomie moderne. L'image a ses limites, car l'opposition donne l'octave, l'accord le plus consonant, alors que Ptolémée la range parmi les aspects tendus.

Sources

  1. Ptolémée, Tetrabiblos I.2-3, 10-12, 17, trad. F. E. Robbins (Loeb, 1940)
  2. Ptolémée, Tetrabiblos I.13-16 (les aspects, les signes qui se regardent), trad. F. E. Robbins
  3. Vettius Valens, Anthologies IV.12 (les douze lieux), trad. Mark Riley
  4. C. Brennan, origines de l’astrologie hellénistique, The Astrology Podcast 61
  5. C. Brennan et al., les douze maisons, The Astrology Podcast 231
  6. C. Brennan et C. Moon, les aspects, The Astrology Podcast 323
  7. D. Rudhyar, « The Birth Chart as a Celestial Message » (1976)
  8. Robert Hand, entretien avec Garry Phillipson (2002)
  9. C. et S. Harvey, Principles of Astrology (1999), ch. 5
  10. A. Barbault, « Pour une réhabilitation de l’astrologie » (2008), « La pratique des maisons », « Approche d’une synthèse du thème »
  11. Liz Greene, sur les interprétations par ordinateur (Astrodienst)
  12. L’Enūma Anu Enlil
  13. Le zodiaque babylonien et ses dates
  14. L’astrologie hellénistique
  15. Māshā’allāh et la fondation de Bagdad
  16. Thomas d’Aquin, Somme théologique I, q. 115, a. 4
  17. Le Yavanajātaka, l’horoscope grec en Inde
  18. Les textes d’Hermès, de Ficin à Casaubon
  19. Nostradamus
  20. L’astrologie financière (Urania Trust)
  21. Kepler et la météo (université de Cambridge)
  22. Dégustation à l’aveugle selon le calendrier biodynamique (2017)
  23. Joan Quigley, l’astrologue des Reagan
  24. Lu et al., stéréotypes astrologiques et discrimination en Chine (2020)
  25. Pew Research Center, l’astrologie aux États-Unis (2025)
  26. C. Kowal et S. Drake, « Galileo’s observations of Neptune », Nature 287 (1980)
  27. La découverte de Neptune (Observatoire de Paris)
  28. Alan Leo
  29. C. G. Jung, la synchronicité (1951-1952) et l’expérience sur les couples
  30. R. Tarnas, Cosmos and Psyche (2006), p. 77
  31. Luc Bigé, entretien à L’ADN
  32. D. Rudhyar, The Astrology of Personality (1936)
  33. Le mouvement rétrograde apparent
  34. Empédocle (Stanford Encyclopedia of Philosophy)
  35. Les noms grecs des planètes
  36. Placidus de Titis et son système de maisons
  37. Le Thema Mundi
  38. Platon, République X, 617b
  39. Kepler, Harmonices Mundi (1619)
  40. Venetia Burney et le nom de Pluton
  41. La gravure de Flammarion (1888), mise en couleurs

Les positions des schémas sont calculées avec Astronomy Engine. Le détail des sources, et ce qui est attesté ou interprété, est rassemblé dans nos notes de recherche.